Infobésité : comprendre le phénomène et reprendre le contrôle

Par l’équipe Slack28 avril 2026

243 e-mails et 140 messages de chat par semaine ! C’est le volume moyen reçu par un manager en 2025. Face à cette avalanche de sollicitations, le stress chronique n’est plus une exception, mais un fléau systémique. Pourtant, la technologie, si elle est maîtrisée, reste le meilleur levier pour alléger cette charge.

Un problème qui a un nom, des chiffres qui le prouvent

L’infobésité est la saturation cognitive qui survient lorsque le volume d’informations dépasse notre capacité biologique à les traiter. Vous êtes salarié ou dirigeant ? Vous en êtes probablement victime.

 

Selon l’OICN, le flux d’e-mails a bondi de 16 % en 2025. Pour un dirigeant, cela représente 11 h 30 de travail hebdomadaire uniquement consacrées au traitement des courriels (7 h pour un manager). Plus inquiétant encore : 46 % des week-ends des dirigeants sont désormais entachés de connexions professionnelles. Résultat ? 54 % des Français se disent épuisés par l’information.

Pourquoi votre cerveau ne peut pas suivre

Le cerveau humain n’est pas conçu pour le multitâche numérique. L’attention sélective – notre capacité à filtrer les informations essentielles de la masse – diminue à chaque interruption du flux de travail. La mémoire de travail, quant à elle, ne peut retenir qu’un nombre limité d’informations simultanées : quand ce seuil est dépassé, la compréhension se dégrade et la fatigue s’installe. Cette saturation prend quatre formes distinctes :

Infobésité numérique

C’est la forme la plus familière, celle qui s’immisce dans nos moments de pause. Entre les réseaux sociaux, les newsletters qui s’empilent et les diverses notifications de nos applications, on finit par vivre dans un état de réactivité permanent. On ne choisit plus ce qu’on regarde, on subit ce qui surgit sur l’écran.

Infobésité médiatique

Vouloir se tenir informé est louable, mais le flux 24 h/24 des chaînes d’actualités et des podcasts peut devenir toxique. L’ObSoCo la décrit comme une fatigue informationnelle liée à une saturation cognitive, mais aussi émotionnelle. À force, l’individu ne traite plus l’information en profondeur : il la survole, s’en méfie, ou s’en détourne complètement, ce qui participe à une forme de fatigue collective.

Accumulation de données internes

Moins visible mais tout aussi problématique, cette tendance concerne également les entreprises. Au travail, on garde tout « au cas où ». Résultat, des milliers de fichiers et des boucles de mails interminables dorment dans les systèmes. Un chiffre pour illustrer ce vertige : un collaborateur moyen croule sous plus de 8 000 courriels dans sa boîte. Pour un dirigeant, on dépasse souvent les 44 000. C’est un poids mental invisible mais bien réel.

Infobésité décisionnelle

Trop d’information tue la décision. En s’appuyant sur le paradoxe du choix théorisé par Barry Schwartz, on observe que multiplier les options et les données contradictoires ne rend pas la décision plus pertinente, mais plus pénible. Cette surcharge mène souvent à une paralysie décisionnelle ou à un regret post-achat, le cerveau s’épuisant à comparer des variables infinies au lieu de trancher.

 

Deux déclencheurs aggravent la situation : le FOMO (peur de manquer une info stratégique) et l’effet « mille-feuille » post-Covid, où les canaux (visios, messageries, mails) s’empilent sans hiérarchie, imposant une « taxe énergétique » au cerveau à chaque changement de contexte.

 

Face à ce constat, la bonne nouvelle est que les mêmes outils qui alimentent la surcharge informationnelle peuvent, bien configurés, la réduire. Voici cinq actions concrètes à appliquer dès cette semaine.

Cinq actions concrètes pour réduire la surcharge d’informations au travail

Loin des grands principes théoriques, voici des configurations précises et des paramétrages techniques applicables immédiatement pour reprendre le contrôle de votre attention.

 

  • Définir des plages de notification

 

Rompez avec la disponibilité permanente. Utilisez des fonctions comme la planification des notifications (sur Slack par exemple) pour ne recevoir d’alertes que durant vos heures de bureau réelles.

 

  • Muter les canaux à faible signal

 

L’infobésité naît de la surcharge informationnelle. Faites une revue mensuelle de vos abonnements. Le bon réflexe : passez les canaux secondaires en sourdine pour ne les consulter que lorsque vous l’avez décidé.

 

  • Passer à l’asynchrone par défaut

 

La norme implicite dans beaucoup d’équipes est qu’un message requiert une réponse dans les quatre minutes. Reformuler cette attente est la première action structurelle : une réponse dans les quatre heures est, sauf urgence réelle, largement suffisante. En pratique, cela signifie moins de réunions de coordination improvisées – remplacées par des messages audio ou vidéo courts qui expliquent le contexte d’un projet sans bloquer les agendas. Sur Slack, l’usage des canaux et des messages programmés permet d’envoyer l’information au bon moment, sans déclencher une interruption immédiate chez le destinataire.

 

  • Utiliser les résumés de l’IA

 

L’intelligence artificielle permet de synthétiser des volumes massifs de données. Des outils comme Slack AI consolident l’essentiel d’une conversation complexe en quelques secondes, permettant d’identifier les points bloquants sans relire tout l’historique.

 

  • Rédiger une convention d’équipe

 

L’outil ne fait pas tout : c’est la manière dont on l’utilise qui définit la charge mentale de l’équipe. Sans un cadre commun, une plateforme comme Slack peut vite aggraver la surcharge informationnelle par un usage désordonné. À l’inverse, elle devient un levier d’efficacité redoutable dès qu’elle est encadrée par une convention d’équipe claire.

 

Établissez une charte : quel canal pour quelle urgence ? Comment limiter les @mentions intrusives ? Ce cadre transforme le flux chaotique en espace structuré.

Ce n’est pas seulement votre problème : le rôle de l’entreprise

L’infobésité est un enjeu collectif. Si le droit à la déconnexion existe depuis 2017, son application reste trop souvent symbolique. Un chiffre illustre le paradoxe : 90 % des collaborateurs n’utilisent pas les espaces collaboratifs à leur disposition, alors que 30 % du volume total des courriels est généré par la seule fonction « copie » (Cc). Autrement dit, les équipes subissent un outil qu’elles n’ont pas choisi d’optimiser.

 

Pour les DRH et managers, il est crucial d’auditer les pratiques via des référentiels comme celui de l’OICN. En entreprise, cela passe par :

 

  • Des conventions de nommage claires (#proj-, #team-).
  • Une gestion stricte des @mentions pour ne pas interrompre le collectif sans nécessité absolue.
  • Une culture du délai, qui reconnaît qu’un message ne requiert pas une réponse instantanée.

 

L’infobésité n’est pas une fatalité, mais le résultat d’outils dont la configuration par défaut vient interrompre le flux de travail. Reprendre le contrôle ne demande pas de tout débrancher, mais de réajuster votre environnement pour qu’il serve vos priorités plutôt que celles des autres.

 

Le changement commence par une action simple : prenez dix minutes cette semaine pour auditer vos notifications et passer en sourdine les canaux sans valeur ajoutée. C’est en reprenant la main sur ces détails que vous retrouverez enfin l’espace nécessaire pour réfléchir.

L'accès permanent au numérique et la multiplication des canaux. Les algorithmes de flux infinis et la culture de l'immédiateté nous poussent à consommer plus de données que notre cerveau ne peut en traiter.
Les signaux sont la fatigue mentale, la difficulté à se concentrer et l'indécision. Si vous vérifiez vos messages de manière compulsive ou vous sentez « noyé(e) », vous êtes en saturation.
La surcharge est le phénomène technique (trop de données). L'infobésité est son versant comportemental : c'est la « malbouffe » numérique liée à notre surconsommation quotidienne.

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